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L'acte d'accusation du procureur d'Istanbul pourrait peser plus de 2 500 pages. L'enquête sur la cellule ultranationaliste Ergenekon, accusée de fomenter des coups d'Etat contre le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, laisse apparaître une partie des réseaux politiques clandestins qui sévissent en Turquie.
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Le même officier est l'un des cerveaux présumés de deux tentatives de coups d'Etat avortées en 2003 et 2004 et révélées par la publication dans la presse des carnets de bord de l'Amiral Örnek, alors chef de la Marine turque. Baptisées "la fille blonde" et "clair de lune", ces deux putschs devaient notamment empêcher la signature du plan de paix pour Chypre élaboré par le secrétaire général des Nations unies de l'époque, Koffi Annan. Il prévoyait la réunification de l'île, au grand dam d'une partie de l'armée qui veut garder la mainmise sur ce territoire.
ARMÉE SECRÈTE
Depuis 2007 et la découverte d'un gros arsenal dans une maison délabrée des
faubourgs d'Istanbul, ce sont près de 80 personnalités qui sont sous les verrous
et soupçonnées d'appartenir à Ergenekon : de nombreux militaires à la retraite,
des journalistes, des avocats, un ancien recteur d'université, le chef d'un
petit parti nationaliste d'extrême gauche, le président de la chambre de
commerce d'Ankara et une figure du milieu mafieux...
La découverte de cette mouvance clandestine met au jour une partie de ce que la Turquie connaissait sous le nom d'"Etat profond" : une armée secrète gravitant dans les sphères de l'Etat, héritière des cellules anticommunistes créées pendant la guerre froide et recyclée dans la contre-guérilla séparatiste kurde et la lutte contre "les ennemis de l'intérieur". Ergenekon est soupçonnée d'avoir joué un rôle dans plusieurs affaires sanglantes depuis 2006 : un attentat contre les juges du Conseil d'Etat, des grenades lancées contre un journal nationaliste, le meurtre de missionnaires chrétiens ou du journaliste arménien Hrant Dink.
La puissance réelle du réseau demeure un mystère. Le gouvernement est accusé
de profiter de cette affaire pour régler ses comptes avec l'opposition
kémaliste. Selon un proche du dossier, les ramifications d'Ergenekon au sein de
l'armée pourraient impliquer environ 70 officiers, plus radicaux que l'actuel
état-major. Selon la même source, un "consensus a obligatoirement été trouvé
entre l'état-major et le gouvernement pour effectuer ces
arrestations".
Guillaume Perrier