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Turquie: trois policiers acquittés neuf ans après la mort d'un avocat kurde


Mercredi 12 juin 2024 à 16h51

Diyarbakir (Turquie), 12 juin 2024 (AFP) — Trois policiers turcs accusés d'être responsables de la mort par balle d'un célèbre avocat kurde, tué en novembre 2015 à Diyarbakir (sud-est), ont été acquittés mercredi, a constaté un correspondant de l'AFP.

Les trois policiers, accusés d'"avoir causé la mort par négligence" du bâtonnier de l'ordre des avocats de Diyarbakir comparaissaient libres par vidéoconférence devant un tribunal de la ville, la plus grande du sud-est à majorité kurde de Turquie.

Les trois hommes ont été acquittés faute de preuve suffisante, ont indiqué les juges.

Tahir Elçi avait été tué le 28 novembre 2015 d'une balle dans la tête au cours d'une fusillade entre la police et des hommes armés, présentés par les autorités comme des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

M. Elçi a été atteint alors qu'il venait d'appeler au calme, suite à la mort de deux policiers tués par le PKK dans une rue adjacente.

Les avocats de la famille de M. Elçi ont dénoncé tout au long du procès -- ouvert fin 2020 -- de multiples manquements dans l'enquête, ainsi que des destructions de preuves et les remplacements successifs du procureur chargé de l'affaire.

Mais l'avocat général et les juges, face à une salle dans laquelle s'étaient pressés des bâtonniers de plusieurs villes turques, ont estimé qu'aucun élément matériel ne permettait d'incriminer les trois policiers.

La mort violente de Tahir Elçi, un ardent défenseur de la cause kurde, avait choqué la Turquie, alors ensanglantée par la reprise des combats entre forces de sécurité et membres du PKK, un conflit qui a fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

"Cette décision met en lumière l'échec lamentable des autorités (turques) à mener une enquête approfondie, rapide, indépendante et impartiale sur son assassinat, ce qui a permis aux responsables de cet assassinat d'échapper à la justice", a dénoncé mercredi Dinushika Dissanayake, la directrice adjointe d'Amnesty International pour l'Europe.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.