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Bulletin N° 479 | Février 2025

 

 

TURQUIE : OCALAN APPELLE LE PKK À DÉPOSER LES ARMES ET À SE DISSOUDRE

Le 27 février, une délégation du parti pro-kurde DEM a tenu une conférence de presse dans un hôtel d'Istanbul, Elite World Taksim, pour annoncer l'appel du fondateur et chef historique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Lu d'abord en kurde puis en turc devant de très nombreux journalistes turcs, kurdes et étrangers. Abdullah OCALAN appelle le PKK à déposer les armes et à se dissoudre.

Il demande à ses partisans de convoquer un congrès dans les meilleurs délais « comme le feraient volontairement toute communauté et tout parti moderne dont l'existence n'a pas été abolie par la force » Pour justifier sa décision dont il assume toute la responsabilité il évoque le contexte historique, social et international qui a changé. Selon lui, la fondation du PKK en 1978 et le déclenchement de son insurrection en 1984 étaient justifiés par « le déni explicite de la réalité kurde (et-de) la restriction des droits et des libertés fondamentaux ». Le monde a changé, la société, kurde a changé, « la lutte armée a fait son temps !! il faut y mettre un terme. Le combat doit désormais être mené pour le respect des droits des minorités ethniques, la liberté d'expression et le droit à l'auto-organisation démocratique( .. ) le besoin d'une société démocratique est inévitable (-) Le langage de l'époque de la paix doit être développé en fonction de cette réalité ».

Dans son appel, pour le plus grand bonheur de dirigeants turcs, le chef de PKK récuse toute idée de fédéralisme ou d'autonomie kurde, jugée inappropriée aux réalités sociologiques du pays Des "revendications culturalistes » ne semblent pas avoir davantage de pertinence à ses yeux. Pas un mot par exemple sur la revendication d'un enseignement en kurde, partagée par la quasi-totalité des quelque 26 millions de Kurdes de Turquie, qui le jugent vital pour la préservation et la transmission de leur langue et de leur culture millénaires.

D'où les réactions pour le moins mitigées de la société kurde en Turquie. Si tout le monde se félicite de la fin annoncée de la lutte armée, beaucoup espéraient qu'en contrepartie, il y aurait une amnistie générale des prisonniers politiques kurdes, la reconnaissance de la langue kurde dans la constitution et des droits linguistiques et culturels élémentaires comme l'enseignement en langue kurde dans les écoles des provinces à majorité kurde.

De ce fait, de nombreux Kurdes se demandent si le texte de cet appel a été rédigé par OCALAN lui-même, détenu depuis le 15 février 1999 dans l'isolement de l'île-prison d'Imrali ou ce texte lui a été imposé ou dicté par les services turcs. Nombre de partisans du PKK, qui ont perdu leurs proches, dans une guerre qui dure depuis 1984. qui a fait plus de 50.000 morts et provoqué les déplacements forcés de 2 à 3 millions de civils kurdes, menée d'abord pour l'indépendance d'un Kurdistan unifié, puis pour « une autonomie démocratique » sont sous le choc. La direction du PKK, informée en avance du contenu de cet appel, ne peut qu'adhérer, du moins publiquement et par principe, à l'appel de son leader en raison du culte de la personnalité qui l'entoure. Elle demande la participation d'OCALAN à leur futur congrès pour convaincre ses partisans. Demande qui risque une fin de non-recevoir de la part du gouvernement turc qui s'est déjà fermement opposé à ce que le chef du PKK lance son appel en vidéo plutôt que per un texte écrit. Une participation même en visio-conférence d'OCALAN au congrès d'auto-dissolution de son organisation semble peu probable.

L'appel d'OCALAN a été accueilli favorablement par les dirigeants du Kurdistan irakien qui espèrent qu'après la fin de la guérilla du PKK la Turquie n'aura plus de prétexte pour intervenir militairement dans les zones frontalières et que l’armée turque va se retirer des postes militaires qu'elle a installés dans les zones d'opérations largement dévastées par des décennies de guerre. De son côté, le général Mazloum ABDI, commandant un chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), s'est félicité de cet appel qui « ne concerne que le PKK ».

L'auto-dissolution du PKK ôtera à la Turquie tout prétexte d'intervenir militairement contre les Kurdes syriens, espère-t-il.

La classe politique turque dans sa très grande majorité soutient l'appel d'OCALAN. Le chef du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation de l'opposition a exprimé son soutien et l'espoir que le PKK tiendrait compte de l'appel d'OCALAN. Le gouvernemental AKP s'est exprimé par la voie de l'un de ses vice-présidents, Elkan ALA : « Le résultat de l'appel est ce que l'organisation terroriste se dissolve et tout le monde doit faire un effort pour parvenir à ce résultat » (Le Monde du 28 février 2025).

Plusieurs pays occidentaux, dont l'Allemagne et les Etats-Unis, ont exprimé l’espoir que l'appel du chef du PKK soit suivi par son organisation et que la page des affrontements militaires soit définitivement tournée. Même le secrétaire général des Nations Unies a tenu à exprimer son soutien à ce processus de paix.

En attendant les prochaines étapes de ce processus, le régime turc poursuit sans relâche la répression de ses opposants et en premier lieu des Kurdes. Le maire d'Istanbul, Ekrem IMAMOGLU, un probable futur candidat aux élections présidentielles, est en procès pour avoir questionné l'impartialité d'un expert judicaire à qui le procureur d’Istanbul fait systématiquement appel dans des procès à caractère politique. L’actrice Melisa SOZEN est poursuivie pour « terrorisme » pour son rôle dans la série « Bureau des légendes » où elle interprète une combattante kurde syrienne (AFP, 3 février). Le 18 février, près de 300 Kurdes ont été arrêtés pour « terrorisme » au cours des opérations menées dans les provinces kurdes et dans les métropoles turques pendant cinq jours (AFP 18 février). La plupart d'entre eux sont des membres ou sympathisants du parti pro-kurde DEM. Parmi eux, des écrivains, des avocats, des journalistes. Le 24 février, un dixième maire kurde élu, M. Alkan, de Kagizman a été suspendu par le ministère de l'Intérieur turc et remplacé par un administrateur. Son parti DEM dénonce dans un communique « la guerre du gouvernement AKP contre le droit du peuple kurde à voter et à être élu » (AFP, 24 février).

Le 20 février, c'est le président du patronat turc, Orhan TURAN, qui a été entendu pendant des heures et placé sous contrôle judiciaire par le procureur d’Istanbul qui le poursuit pour « tentative d'influence sur le système judiciaire ». Son crime ? Un discours prononcé le 13 février devant l'assemblée générale du patronat turc (TUSIAD) où il critiquait justement « les atteintes à l'Etat de droit» en Turquie. Pour le procureur d'Istanbul il s'agit de « fausses informations concernant la sécurité intérieure et extérieure de la Turquie » susceptibles de « perturber la paix publique » (AFP, 20 février).

Il est désormais interdit au chef du patronat turc de voyager à l'étranger où dans ses échanges avec ses homologues étrangers il risquerait de porter atteinte à la réputation de la Turquie. Le président turc à lui-même justifié ces poursuites en déclarant à la télévision : « les dirigeants d'une organisation professionnelle sont habilités à défendre les intérêts de leurs, membres, pas à se mêler de politique et critiquer le gouvernement. S'il veut faire de la politique, qu'il fonde son parti politique et participe aux élections pour défendre ses idées ». Telle est la conception démocratique de M. Erdogan. Seuls les responsables politiques peuvent exprimer des idées sur la conduite des affaires publiques du pays. A leur risques et périls d'ailleurs, car s'ils sont kurdes on les poursuit pour terrorisme et les embastille, et s'ils sont turcs potentiellement dangereux pour le pouvoir on peut les poursuivre sous des prétextes aussi vagues que « atteinte à la paix civile,

« insulte au président de la république », « diffusion de fausses informations ». Pour le quotidien le Monde (19 février), « La Turquie renoue avec les purges en multipliant les arrestations d'opposants ». Dans son numéro du 25 février. Le Monde constate que « la répression politique s’étend au patronat ».

Dans ce contexte de répression généralisée à quoi va aboutir « un processus de paix » lancé en octobre 2024 par le chef du Parti de l’Action nationaliste (MHP), Devlet BAHCELI, allié d’ERDOGAN ? Un processus mené dans les coulisses, sans débat public ni au parlement ni dans les média.

Voici, à titre documentaire, une traduction du texte intégral de l’appel d’Abdullah OCALAN.

Le PKK est né au XXe siècle, durant l'époque la plus violente de l'histoire de l'humanité, entre les deux guerres mondiales, à l'ombre de l'expérience du socialisme réel et de la guerre froide à travers le monde. Le déni absolu de la réalité kurde, les restrictions des droits et libertés fondamentaux – en particulier la liberté d'expression – ont joué un rôle significatif dans son émergence et son développement.

Le PKK a été soumis aux dures réalités du siècle et du système du socialisme réel en termes de théorie adoptée, de programme, de stratégie et de tactiques. Dans les années 1990, avec l'effondrement du socialisme réel dû à ses dynamiques internes, la dissolution du déni de l'identité kurde dans le pays et les avancées en matière de liberté d'expression ont conduit à un affaiblissement du sens fondateur du PKK, entraînant une répétition excessive. Par conséquent, il a suivi son cours comme ses homologues et a rendu nécessaire sa dissolution.

Tout au long de plus de 1000 ans d'histoire, les relations entre Turcs et Kurdes ont été définies en termes de coopération mutuelle et d'alliance, et Turcs et Kurdes ont jugé essentiel de rester dans cette alliance dont le côté volontaire prédomine pour assurer leur existence et survivre face aux puissances hégémoniques.

Les 200 dernières années de la modernité capitaliste ont été principalement marquées par l'objectif de briser cette alliance. Les forces impliquées, en accord avec leurs intérêts de classe, ont joué un rôle clé dans la poursuite de cet objectif. Avec les interprétations monistes de la République, ce processus s'est accéléré. Aujourd'hui, la tâche principale est de restructurer cette relation historique, devenue extrêmement fragile, sans exclure la prise en compte des croyances dans un esprit de fraternité.

Le besoin d'une société démocratique est inévitable. Le PKK, l'insurrection et mouvement armé le plus long et le plus étendu de l'histoire de la République, a trouvé une base et un soutien social, étant principalement inspiré par la fermeture des canaux de la politique démocratique.

L'issue inévitable des dérives nationalistes extrêmes – telles que la création d'un État-nation séparé, une fédération, une autonomie administrative ou des solutions culturalistes – ne répond pas à la sociologie historique de la société.

Le respect des identités, la libre expression de soi, l'auto-organisation démocratique de chaque segment de la société en fonction de ses propres structures socio-économiques et politiques ne sont possibles que par l'existence d'une société et d'un espace politique démocratiques.

Le deuxième siècle de la République ne pourra assurer une continuité permanente et fraternelle que s'il est couronné par la démocratie. Il n'existe aucune alternative à la démocratie dans la poursuite et la réalisation d'un système politique. Le consensus démocratique est la voie fondamentale.

Le langage de l'époque de paix et de société démocratique doit être développé en accord avec cette réalité.

L'appel lancé par M. Devlet BAHCELI, ainsi que la volonté exprimée par M. le Président et les réponses positives des autres partis politiques à l'égard de l'appel bien connu, ont créé un environnement dans lequel j'appelle à la cessation des armes et j'assume la responsabilité historique de cet appel.

Comme pour toute communauté et tout parti moderne dont l'existence n'a pas été abolie par la force, réunissez votre congrès pour vous intégrer volontairement à l'État et à la société et prenez une décision : tous les groupes doivent déposer les armes et le PKK doit se dissoudre.

J’adresse mes salutations à tous ceux qui croient en la coexistence et qui attendent mon appel.

SYRIE : UN «DIALOGUE NATIONAL» SANS LES KURDES

Les nouvelles autorités syriennes out organisé une «Conférence de dialogue national» qui s'est tenue le 25 février dans le palais présidentiel de Damas. Selon le correspondant de l'AFP, « environ 600 participants issus de différentes régions du pays » ont pris part à cette conférence (AFP, 25 février).

Un comité préparatoire avait auparavant tenu des réunions dans plusieurs provinces du pays rassemblant quelque 4.000 personnes, selon ses responsables.

La conférence présidée par le président par intérim Ahmed al-Charaa, a réuni pour l'essentiel des représentants de la société civile arabe sunnite ainsi que des femmes et des membres des minorités religieuses.

L'administration autonome kurde et les forces démocratiques syriennes qui contrôlent un tiers du territoire syrien n'étaient pas invitées et aucun parti politique kurde n'y a été représenté.

Les Alaouites ont également été absents de ce « Dialogue national » proclamé censé « poser les bases d'une gouvernance inclusive ». Les participants convoqués à la hâte disposaient de quelques heures pour faire des recommandations sur des questions aussi importantes que la relance de l'économie, la reconstruction d'un pays en ruines, la justice transitionnelle, les contours d'une nouvelle constitution, la construction d'une armée nationale.

Au terme de ses travaux sommaires, la conférence, dans ses recommandations a tracé « les grandes lignes du futur État en Syrie » insistant sur le désarmement nécessaire des groupes armés et « le monopole des armes aux mains de l'Etat ». Ahmed al-Charaa a annoncé qu'il mettrait en place une commission pour travailler sur la justice de transition dans le but de « rétablir les droits de Syriens ».

La déclaration finale exhorte les autorités à « former un comité constitutionnel pour rédiger un projet de constitution (.) qui ancre les valeurs de justice, de liberté, d'égalité et fonde un État de droit ».

Le président par Intérim a promis « une déclaration constitutionnelle » dans un avenir non précisé « un gouvernement inclusif pour le premier mars 2025 et les élections » d'ici quatre à cinq ans si tout va bien, selon ses organisateurs cette conférence représente « la première étape d'un long processus » visant à « construire une nouvelle identité nationale syrienne qui préserve la paix civile ».

Réagissant à « cette conférence de dialogue national sans les Kurdes » l'administration autonome kurde et les quelques 35 partis et ONG kurdes syriens ont dénoncé une représentation « purement symbolique » lors de cette conférence qui, selon eux, « ne reflète pas la réalité des composantes de la société syrienne ». Ces conférences « n'ont ni sens ni valeurs et ne contribueront pas à trouver des solutions concrètes à la crise que traverse le pays » soulignent les organisations kurdes.

Les Forces démocratiques syriennes, à dominante kurde, avaient, avant le début de la conférence déclaré qu'elles « ne seraient pas partie prenante dans la mise en œuvre des résultats de cette conférence qui ne représente pas le peuple syrien » (AFP, 25 février).

En fait, cet exercice superficiel de dialogue semble avoir pour objectif de donner un vernis de légitimité démocratique au Président par intérim syrien, issu du HTC, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda et adoubé le 30 janvier par les chefs militaires d'autres milices sunnites arabes. Le nouveau pouvoir a besoin de reconnaissance internationale pour la levée des sanctions visant la Syrie et pour l'obtention d'une aide massive indispensable à la reconstruction d'un pays dévasté par un demi-siècle de dictature et quatorze années de guerre civile.
Ces enjeux ont été au cœur d'une Conférence Internationale réunie le 13 février à Paris à l'initiative du président français. De pays arabes de la région, la Turquie, plusieurs pays européens ainsi que des représentants de G7 ont participé à cette conférence. Les Etats-Unis qui n'ont pas encore défini leur stratégie envers le nouveau régime syrien étaient absents. Des bailleurs multilatéraux et des agences internationales se sont réunis dans la matinée du 13 février pour élaborer une « stratégie de coordination de l'aide internationale » pour la reconstruction de la Syrie qui nécessiterait un « Plan Marshall » d’à peu près de 400 milliards de dollars selon L'ONU. Un objectif hors d'atteinte dans le contexte international actuel où on ne peut guère espère faire payer des pays comme le Russie el l'Iran qui ont largement contribué à la destruction de la Syrie.


La présidence française de la conférence appelle de ses vœux « l'établissement d'une Syrie unifiée, stable, qui retrouve sa souveraineté sur l'ensemble du territoire » Les participants ont écouté le nouveau ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani qui effectuait sa première visite dans un pays de l'Union européenne. Hormis cette prise de contacts et la promesse de la levée progressive el conditionnelle des sanctions la conférence n'a produit aucun résultat concret alors que selon les estimations des ONGs, plus de 16,5 millions de Syriens ont besoin d'une aide humanitaire urgente (AFP, 13 février).

Les nouveaux dirigeants syriens comptent d'ailleurs sur l'aide de pétromonarchies du Golfe pour améliorer le sort de leur population. Le président par intérim, Ahmed al-Charaa, à peine désigné, s'est rendu le 2 février en visite officielle en Arabie saoudite, un pays qu'il connait bien pour y avoir passé son enfance et où il a été bien accueilli car Riyad souhaite attirer vers son giron le nouveau régime syrien, trop dépendant de la Turquie. L'entretien entre al-Charaa et le prince Mohammed ben Salmane, le 3 février, a semblé cordial mais sans annonce spectaculaire hormis la poursuite de l'aide humanitaire d'urgence. Le lendemain, le 4 février, le président syrien s'est rendu à Ankara, à bord d'un jet turc mis à sa disposition. Il s'est entretenu pendant plus de 3 heures à huis clos avec le président turc : L'essentiel de l'entretien semble avoir été consacré à des questions sécuritaires et au retours progressif des quelque 3 millions de réfugiés syriens accueillis en Turquie. Celle-ci traverse une grave crise économique et n'a pas les moyens d'apporter une aide financière significative à la reconstruction de la Syrie mais ses experts peuvent participer à la remise en état de certaines infrastructures comme les aéroports.

Le président par intérim syrien a exprimé sa volonté de conclure avec la Turquie une « relation stratégique profonde dans tous les domaines qui profiterait aux deux pays » Cela inclut une « stratégie partagée de confronter les menaces sécuritaires dans la région » (New York Times, 4 février).

Bref, c'est la stratégie commune de lutte contre le forces kurdes et l'administration autonome kurde qui a constitué le plat de résistance de cette rencontre qui symboliquement se tenait le jour où le président Trump accueillait à Washington le Premier ministre israélien Netanyahou. Le président turc semble avoir obtenu de son homologue syrien que la future Syrie sera un Etat unitaire et centralisé, sans statut d’autonomie ni pour les Kurdes, ni pour les Alaouites et que les forces armées kurdes seront désarmées par la force ou par la diplomatie.

Un engagement difficile à tenir par le nouveau régime dont les milices ne sont pas en mesure de confronter militairement les forces armées kurdes. En attendant la mise en place d'une nouvelle armée syrienne c'est le pragmatisme qui règne à Damas qui a engagé un dialogue avec l'administration autonome kurde, Celle-ci de son côté affiche son attachement à l'unité de la Syrie et veut convaincre le nouveau pouvoir Syrien que les Forces démocratiques syriennes bien équipées, disciplinées et bien entraînées pourraient constituer une composante essentielle de la future armée syrienne, un peu comme les forces de Peshmerga en Irak.

A la suite de ce dialogue difficile mais nécessaire pour les deux parties, d'administration kurde a décidé, de 22 février de reprendre les livraisons de pétrole aux territoires sous contrôle de Damas.

L'accord signé entre les deux parties prévoit la livraison quotidienne de 150.000 barils de pétrole et d'un million de mètres cubes de gaz à Damas à un prix qui n'a pas été dévoilé. Ansi, la Syrie, privée de livraison de pétrole iranien depuis la chute de régime d'Assad pourra, grâce aux livraisons de pétrole kurde, faire face à ses besoins énergétiques de base.

Les affrontements entre les FDS à dominante kurde et les milices syriennes pro-turques se sont poursuivies tout au long du mois de février notamment dans le secteur de Manbij où le premier février 10 miliciens pro-turcs ont été tués, neuf autres péris dans un attentat, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) Le 3 février, 15 personnes ont été tuées à la suite d’une explosion d’une voiture piégée près d'un poste des milices pro-turques.

Malgré les tentatives récurrentes de Washington pour freiner l'offensive turque contre les FDS, par mercenaires syriens interposés, les affrontements meurtriers ont toujours lieu autour du barrage stratégique de Tichrine. L'aviation turque continue de bombarder les position kurdes ainsi que les infrastructures civiles.

Dans le reste de la Syrie on assiste à des règlements de compte entre les milices sunnites islamistes et las Alaouites considérés comme des partisans du régime déchu. Un véritable climat de purge sévit dans le secteur public où sous le couvert de la lutte contre les emplois fictifs, dizaines de milliers de fonctionnaires et d’employés ; suspectés de proximité avec l'ancien régime, sont licenciés et punis (Le Monde 20 février).

A signaler aussi que la suspension de l'aide humanitaire fournie par Washington a entrainé l'arrêt de nombreux programmes dans les domaines critiques comme la santé et l'alimentation dans le nord-est et le nord-ouest du pays selon le quotidien Le Monde (14 février) L'assistance américaine représente un quart des financements internationaux. Frappée par cette crise financière l'administration kurde veut évacuer Syriens et Irakiens des camps de détention. L’Irak s'est engagé à reprendre tous ses ressortissants d’ici fin 2025.

IRAK : VERS LA REPRISE DES EXPORTATIONS DU PÉTROLE DU KURDISTAN ?

Le processus de la reprise des exportations de pétrole du Kurdistan via la Turquie a connu des avancées significatives. Début février le Parlement irakien a adopté un amendement à la loi sur le budget fédéral augmentant sensiblement des compensations pour les compagnies pétrolières internationales opérant au Kurdistan afin de mieux couvrir leurs coûts de production et de transport. La vice-ministre turque des Affaires étrangères, Mme. Berris EKINCI s'est d'abord rendue à Bagdad puis, le 16 février, à Erbil où elle a été reçue per le président du Kurdistan Nechirvan BARZANI. La question de la reprise des exportations de pétrole du Kurdistan était au centre de leur entretien.

Selon un communiqué de la présidence du Kurdistan la vice-ministre turque a accueilli favorablement l'accord entre Erbil et Bagdad relatif au processus de reprise des exportations du pétrole du Kurdistan " et « réaffirmé le soutien de la Turquie à ce processus » (Rudaw, 15 février).

De son côté le ministre kurde de Ressources naturelles, Kamal Mohammed a déclaré, le 17 février, que les exportations vont reprendre en mars prochain, soit deux ans après leur suspension à la suite de l'arrêt d'un Tribunal d’arbitrage International, basé à Paris, saisi per le Gouvernement irakien. Il resterait encore des questions techniques à régler mais Bagdad subit la pression de la nouvelle administration américaine pour une reprise rapide des exportations.

Avant la suspension de ces exportations, le Kurdistan exportait chaque jour 400.000 barils de pétrole de la Région autonome ainsi que 75.000 barils de pétrole de Kirkouk. La suspension à s'est traduite par un manque à gagner de 24 milliards de dollars selon l'estimation de L'APIKUR, association des compagnies pétrolières opérant au Kurdistan.

La lutte contre la résurgence des activités de Daech tant en Irak qu’en Syrie a motivé la visite, le 3 février à Erbil, du commandant en chef de la Coalition internationale contre Daech, le général Kevin LEAHY.

Le général s'est longuement entretenu avec le président du Kurdistan, Nechirvan BARZANI et les responsables militaires kurdes pour évaluer la situation sécuritaire en Irak et au Kurdistan dans le nouveau contexte régional consécutif à la chute du régime pro-iranien d'Assad en Syrie: La coopération militaire kurdo-américaine et ses perspectives ont été passées en revue. A l'occasion de cette visite, le président BARZANI a inauguré les 3e et 4e divisions d'infanterie des forces de Peshmergas sous le commandement du Ministère des Peshmerga dans le cadre de processus en cours d'unification de ces forces. Le processus devrait être complété fin 2026 selon le Secrétaire d' État du Ministère des Peshmergas, Abdul Khaliq BABIRI (Rudaw, 3 février) Le général Leahy s'est également informé des développements récents du processus de réforme du Ministère des Affaires des Peshmergas.

L'unification et une meilleure formation de ces forces est une priorité pour la Coalition internationale afin de s'assurer qu'après la fin de ses missions, les Peshmergas bien formés et bien équipés seront à même d'assurer la sécurité du Kurdistan contre les attaques djihadistes de Daech ou d'autres milices terroristes.

Le 2 février, une attaque par drone-suicide a visé le champ gazier de Khor Mor, exploité par la société émiratie Dana Gas. Bien qu’aucune victime n’ait été signalée, l’attaque aurait été lancée depuis Bashir, dans la province de Kirkouk, soulevant des soupçons sur l’implication de milices pro-iraniennes présentes dans la région depuis le 16 octobre 2017. Malgré l’attaque, l’entreprise a maintenu sa production et annoncé une hausse de ses revenus pour 2024, atteignant 261 millions de dollars au Kurdistan, avec des créances en attente de 67 millions de dollars.

Par ailleurs, les autorités ont annoncé la découverte d’une fosse commune dans le district de Hawija, à l’ouest de Kirkouk, contenant les restes de 17 personnes. Un conseiller du président irakien a déclaré que ces restes étaient probablement ceux de combattants peshmergas capturés par Daech en 2014. Les responsables militaires kurdes estiment qu’environ 105 combattants peshmergas et volontaires kurdes sont portés disparus depuis 2014, lors de la bataille contre Daech.

Après vingt ans sous la nouvelle constitution irakienne, le gouvernement irakien a annulé les lois de l’ancien régime qui avaient exproprié des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles appartenant aux Kurdes. Cependant, les agriculteurs accusent l’armée irakienne de soutenir les colons et de leur interdire l’accès à leurs terres. Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) a condamné ces attaques, tandis que le Premier ministre irakien a mis en place un comité pour traiter cette question.

Depuis le 16 octobre 2017, l’armée irakienne et des milices pro-iraniennes ont occupé Kirkouk, imposant une nouvelle vague d’arabisation à la population kurde, qui constitue la majorité.

D’autre part, dix parlementaires américains, dont le représentant Joe Wilson, ont officiellement exhorté l’administration Trump à imposer des sanctions et à désigner plusieurs milices pro-iraniennes en Irak comme organisations terroristes étrangères (FTO). Dans une lettre adressée au secrétaire d’État Marco Rubio et au conseiller à la sécurité nationale Michael Waltz, les parlementaires ont exprimé leurs inquiétudes quant à la présence continue de ces milices au sein des forces de sécurité irakiennes, malgré des années d’aide financière et militaire des États-Unis.

La lettre demande spécifiquement la désignation de groupes tels que l’Organisation Badr, Kata’ib al-Imam Ali, Harakat Hezbollah al-Nujaba et la Brigade Fatemiyoun en tant qu’entités terroristes. Ces groupes, armés, formés et commandés par le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC), sont accusés de saper la stabilité de l’Irak et de menacer les intérêts américains dans la région.

En outre, les parlementaires ont exhorté l’administration à suspendre toute assistance sécuritaire à l’Irak tant que ces milices pro-iraniennes resteront légalement intégrées dans l’État irakien.

Autre événement marquant du mois au Kurdistan Kurdistan, la visite le 16 février d'une délégation du parti DEM. Celle-ci a été reçue cordialement par le leader kurde Massoud BARZANI qui exhorte les parties kurde et turques à concentrer leurs efforts sur le processus de paix en cours, « seul moyen de parvenir à une solution » au conflit qui dure depuis quatre décennies. Au cours de cette réunion qui a duré près de deux heures la délégation de DEM « a principalement fourni des informations sur les discussions avec Abdullah OCALAN et a reçu des points de vue, suggestions et réflexions de BARZANI concernant le processus » a rapporté la délégation de DEM qui a ensuite rendu visite au président Nechirvan BARZANI avant de se rendre à Souleimanieh pour y rencontrer le chef de l'Union patriotique du Kurdistan, Bafel TALABANI.

Intervenant quelques jours après cette visite préparatoire, l'appel d'OCALAN demandant au PKK à déposer les armes et à s'auto-dissoudre a été accueilli avec soulagement au Kurdistan où la population espère que la fin du conflit opposant la guérilla kurde à l'armée turque aura pour effet le retrait des troupes turques des zones frontalières quelles occupent.

Les habitants des quelque 800 villages évacués et régulièrement bombardés par les Turcs pourront enfin retourné sur leurs terres.

De son côté l'Irak voit dans l'appel d'OCALAN une façon d'améliorer la sécurité régionale. Il s'agit d « une étape positive et importante pour établir la stabilité dans la région » a déclaré dans un communiqué le ministère irakien des Affaires étrangères qui ajoute que cet appel constitue également « une phase importante pour renforcer la sécurité, non seulement en Irak (.) mais dans toute la région » (AFP, 28 février).

En août dernier, Bagdad et Ankara avaient signé un accord de coopération militaire visant à établir des centres de commandement et de formation conjoints pour lutter contre le PKK mais cet accord n'a pas eu de suites concrètes.

IRAN : AU MOINS 975 EXECUTIONS CAPITALES EN 2024

La situation des droits humains ne cesse de se détériorer en Iran où les condamnations à la peur capitale pour des motifs politiques ou de droit commun sont devenues une macabre routine.

Selon un bilan établi par deux ONG de défense des droits humains, Iran Human Rights (IHR), basé en Norvège, et Ensemble contre la peine de mort (ECPM), établi à Paris, au moins 975 personnes ont été exécutées en 2024. Ce chiffre est le plus élevé depuis 2008, année où un premier bilan des exécutions avait été publié. Le rapport publié le 20 février et cité par Le Monde précise que la grande majorité (90%) des exécutions n'ont pas été rendues publiques « Une quarantaine de cas présumés d'exécution n'ont pu être inclus dans le rapport, faute d'avoir pu recouper suffisamment de sources » précise ce rapport.

Parmi les 975 suppliciés de 2024, on compte 31 femmes dont 4 ont été pendues en public. Plusieurs mineurs au moment des faits incriminés ont également subi la peine capitale. La quasi-totalité des exécutions se font par pendaison, généralement à l'abri des regards dans les prisons où sont incarcérés les condamnés. Ces derniers « sont régulièrement privés d'accès à leurs avocats » affirme le rapport qui souligne aussi l'usage "systématique" de la torture physique et psychologique pour obtenir des aveux sur lesquels les juges fondent le plus souvent leur décision pour les déclarer coupables. Le régime iranien a pendu dix hommes, liés à la vaste contestation « Femme, Vie, Liberté » qui avait éclaté en septembre 2022 à la suite de la mort en garde-à-vue de la jeune étudiante kurde Jina Mahsa Amini.

Au moins treize autres militants de ce mouvement sont actuellement dans le couloir de la mort, rappelle le rapport des deux ONG.

La peine de mort est un levier essentiel du système judiciaire iranien, reposant sur l'application de la charia depuis la révolution Islamique de 1979 souligne Le Monde : Selon Amnesty International seule la Chine a davantage recours à la peine de mort chaque année.

Le 18 février 229 avocats iraniens ont signé une pétition contre la condamnation à mort de trois prisonnières politiques, deux Kurdes Pakhshan Azizi et Warisha Moradi et une syndicaliste, Sharifeh Mohammadi. Les deux prisonnières kurdes sont accusées de liens avec des organisation kurdes « illégales » dans un pays où les 12 millions de Kurdes n'ont pas le droit d'avoir des partis politiques ou des syndicats légaux. La pétition adressée au chef de la Justice iranienne, Gholamhussein Mohseni Ejei, souligne l'importance d'assurer les droits légaux des Mmes. Mohammadi et Moradi dans leur appel contre les condamnations à mort et demande « l'arrêt immédiat de mise en œuvre de l'exécution de Mme. Azizi ». Les avocats font valoir que ces condamnations ne sont pas des "verdicts de justice" mais plutôt "des décisions hâtives découlant d'un processus semé d'ambigüités :

De son côté, Amnesty a, le 10 février, lancé un appel urgent demandant à l'Iran « d'arrêter immédiatement" la mise en œuvre de la condamnation à mort de Mme. Pakhshan Azizi. "La communauté internationale doit immédiatement appeler les autorités Iraniennes d'arrêter l'exécution de cette travailleuse humanitaire arbitrairement détenue qui a été condamné à mort après un procès grossièrement injuste devant une cour révolutionnaire l'année dernière" a déclaré Diana Eltahawy, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International. (Rudaw, 10 février 2025)

La Cour suprême d’Iran a rejeté la demande de nouveau procès de la prisonnière politique kurde Pakhshan Azizi, la mettant ainsi en danger imminent d’exécution. Son dossier a été transféré au Bureau d’application des peines. Son avocat, Amir Raeisian, a déclaré que la cour avait rejeté leurs objections pour des raisons de fond, mais qu’il comptait soumettre une nouvelle demande de révision. Mme. Azizi a été condamnée à mort le 14 juin 2024 pour "rébellion" et a ensuite écopé de six mois de prison supplémentaires pour "troubles en prison".

Par ailleurs, l’Organisation Hengaw pour les droits de l’homme a vivement dénoncé la répression croissante du régime iranien contre la culture et les militants kurdes. Une récente vague de coercition a contraint des chanteurs de musique folklorique kurde à interpréter des hymnes approuvés par l’État. Cette stratégie plus large de répression comprend l’interdiction de la langue kurde dans les écoles, la censure de la musique et la persécution des artistes.

L’un des cas les plus marquants est celui de Mohammad Sharifi, un chanteur traditionnel kurde de Sardasht, récemment convoqué par les autorités. Il a été forcé de supprimer des publications sur les réseaux sociaux en lien avec des figures kurdes et contraint de chanter un hymne iranien sous le drapeau national.

Ces mesures s’accompagnent d’une augmentation des arrestations au sein de la population kurde.

Parmi les personnes arrêtées en février figurent Mohammad Esmaeili-Azar, de Mahabad, âgé de 29 ans, détenu le 5 février 2025 pour purger une peine de six mois de prison en raison de liens présumés avec le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI). Hawre Shafei, un homme de 40 ans originaire de Saqqez, a été arrêté le 3 février 2025 à son lieu de travail à Shahnaz Square et emmené dans un lieu inconnu. Danish Sharafi, 37 ans, de Sanandaj, a été arrêté dans des circonstances inconnues.

Sorush Nurbakhsh, un étudiant de 25 ans et compositeur de Mahabad, spécialisé en guitare classique, a été arrêté par les forces de sécurité. Anwar Kurd, 27 ans, de Bokan, ainsi que Keyvan Niknam, de Mahabad, ont également été arrêtés et transférés dans des lieux inconnus. Befrin Mahmoudi, une femme kurde de Bokan, a été arrêtée lors d’un raid à son domicile. Hiwa Amini et Bahman Feyzi ont été arrêtés par les services de renseignement iraniens à Saqqez.

De même, Arman Shadivand, un militant écologiste de Darreh Shahr, dans la province d’Ilam, a été condamné à 24 mois de prison pour « propagande contre le régime » et « insulte à Khamenei ». Il avait été arrêté le 24 novembre 2024 et libéré sous caution en attendant son procès.

Les organisations de défense des droits de l’homme ont condamné la condamnation à mort de Pijman SULTANI, un militant kurde et manifestant du mouvement « Femme, Vie, Liberté » à Bokan. Âgé de 32 ans, Sultani a été condamné à mort par la justice de la République islamique d’Iran sans bénéficier d’un procès équitable, en violation des normes internationales des droits de l’homme. Tout au long de sa détention, il s’est vu refuser l’accès à un avocat ainsi qu’à des visites familiales.

À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, l’ONG Hengaw pour les droits de l’homme a publié un rapport détaillant les arrestations et l’emprisonnement d’enseignants de la langue kurde par les autorités iraniennes. Selon le Centre de statistiques et de documentation de Hengaw, les agences de sécurité de la République islamique d’Iran ont intensifié la pression sur les institutions civiles et les enseignants bénévoles de la langue kurde à travers le Kurdistan en 2024. Le rapport confirme l’arrestation de six enseignants, tandis que sept autres ont été condamnés à un total de 20 ans et huit mois de prison punitive, ainsi qu’à une année supplémentaire de peine avec sursis.

Les autorités iraniennes ont également renforcé leur répression contre l’expression culturelle kurde en ciblant le port de vêtements traditionnels, le "Jamaneh" et le "Khaki Clothing". Le ministère du Renseignement, en coordination avec le Bureau de surveillance des lieux publics, a fait pression sur les propriétaires de salles d’événements dans les villes kurdes, les mettant en garde contre l’autorisation de ces tenues. Le mois dernier, au moins deux salles à Sanandaj ont été temporairement fermées, et leurs gestionnaires ont reçu des avertissements sévères indiquant que de nouvelles infractions entraîneraient des fermetures prolongées.


Toujours sur le plan culturel, à signaler le saccage à Téhéran de l'Institut français de recherche en Iran qui était considéré comme un centre de référence pour de nombreux chercheurs. Cette institution fondée en 1983, par la fusion entre la Délégation archéologique des Français en Iran, créée en 1897 per Jacques de Morgan, et l'Institut français d'Iranologie de Téhéran, fondé en 1947 per Henry CORBIN, abritait un fonds exceptionnel de plusieurs milliers d'ouvrages en diverses langues : Elle avait été placée sous scellés en août 2023 à la suite des caricatures de Charlie Hebdo sur l'ayatollah Khamenei. Son immeuble situé en plein cœur de Téhéran, dans un quartier très surveillé, a été saccagé par des "toxicomanes" sans que la police iranienne omniprésente n'intervienne.

Le régime iranien qui n'apprécie guère les prises de position du gouvernement français détient toujours 3 otages français. Le 18 février, il a rendu public l’arrestation d’un couple de touristes britanniques en route pour le Pakistan et l'Inde. Accusés d'espionnage ; ils deviennent à leur tour des otages d'État.

Sur le plan diplomatique, Téhéran accélère son programme d'enrichissement d'uranium et fait étalage de sa puissance militaire en dévoilant cette fois le 7 février un porte-drones, présenté comme « le plus grand projet militaire naval » de l'Iran (le Figaro, 7 février). Le régime iranien, affaibli après la perte de son allié syrien, se prépare à une nouvelle phase de confrontation avec les Etats-Unis et Israël. L'ayatollah Khamenei dénonce le dialogue avec Washington sans toutefois fermer la porte pour d'éventuelles négociations (New York Times, 7 février 2025).